Épopée

I

Vapeur sur le hublot – qui sait que tout se sait
Morbides amitiés menant à trois combats
L’amour parlant tout haut l’espoir hurlant tout bas
Et la pitié pour ceux qui vivent dans l’excès

Tu es né dans un monde où chaque livre est nu
Et raconte à des yeux un récit de malheur
Dès lors comment atteindre un autre mot que fleur
Ô lys dégringolé sur un palier connu

Je vomis le diseur qui affirme qu’il pleut
Alors que le soleil s’étend à son zénith
Je gifle les tailleurs de marbre ou de granit
Ils tapent sur la pierre et ne font pas de feu

Qui sait que tout se sait même le secret noir
Que la terre a semé vers le ciel de janvier
Chaque demi-baiser me saisit tout entier
Et l’autre avait raison il pleut et c’est le soir

Et voilà la tempête arrachant le gazon
Faux les niches des chiens les arbres faux les sols faux
Le père est sur le seuil qui priant le dieu faux
Hurle son innocence et rentre en sa prison

II

Vapeur sur le hublot – que je sache c’est loin
Le pays où l’on vit j’y suis pourtant vissé
L’image a suppuré d’un écran policé
Qui depuis le début est là-bas dans le coin

Une rivière un arbre un lichen effrité
Nu sur la rive froide un homme se rendort
L’oiseau fait le récit de la mort de la mort
Le serpent son ami ne veut plus le quitter

Une vapeur florale embaume la saison
Plus haut sur la colline a bramé le vieux cerf
L’homme fermant les yeux ressent dans chaque nerf
Le souvenir aimé de son autre maison

Venant par l’est un roi déchire le tableau
Abat le cerf et l’homme écrase le serpent
Jette un trait sur l’oiseau qui pleure en s’échappant
Piétine sur la rive et crache dans le flot

Et ce roi c’est mon livre et moi je suis le cerf
Le lichen le serpent le rivage l’oiseau
La colline les fleurs le souvenir et l’eau
Ne viens pas me parler je mange mon dessert

III

Vapeur sur le hublot – que je sache tout meurt
Même le roitelet pendu dans son bastion
Même l’œil autrefois grandi par ma question
Ne viens pas me parler je ne suis pas d’humeur

Un récit de tempête a recouvert mon sort
L’or se déverse et j’ai pour tête un mur de sang
Que la rivière est pleine et que le monde est grand
Ne viens pas me chanter le couplet de la mort

Il pleut parfois mais c’est ainsi il neige aussi
Disait quelque poète en déguisant sa voix
J’ai tout laissé au fond d’une église à la noix
Mon corps s’est vitrifié mon cœur a rétréci

Ne viens pas me parler de qui n’existe pas
Être au monde va bien pour goûter le mourir
Un gourmet sait toujours quand le fruit va pourrir
Ne viens pas le maudire au milieu du repas

Je t’abandonne – ris tant que ta bouche peut
Car le temps nous assigne à ses calendriers
Et dis à tes amis parlez chantez riez
Je vous laisse et je dors je vous aimais un peu

 

 

Jean Belmontet

 

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