L’amant d’un jour, de Philippe Garrel (2017) – Critique

La gerbe.

Dans une interview pour Arte, alors en pleine promotion cannoise de l’Amant d’un jour, Philippe Garrel déclarait ceci : «moi je suis pour l’égalité des sexes mais en même temps je trouve que c’est par nature fondamentalement différent.»

Ah oui vraiment ? Dis moi alors petit génie de la science, peux-tu me dire quelles sont ces différences ? « Euh bah euh, les femmes sont plus douces…enfin, elles ont plus de mal à créer je crois…enfin elles font de bonnes muses, c’est pratique… » Alors voilà. L’Amant d’un jour, c’est une jolie poussée misogyne dans laquelle Garrel avec beaucoup d’effort de concentration et de sérieux, tente de nous faire croire que les femmes se laissent constamment aller à leur désir et les hommes à les analyser. Ils font bien d’ailleurs puisque souvent ils ont eux-mêmes des filles : faudrait pas qu’elles suivent l’exemple !

Prenons l’une des premières scènes : Esther Garrel pleure, son petit copain vient de la mettre à la porte. Elle joue comme chaque jeune acteur ou actrice pense devoir jouer, c’est-à-dire comme un.e pro, le genre qu’on consacre ensuite dans les papiers du type « La révélation Esther Garrel ». Pour son père, c’est autre chose : il filme ses larmes car elles lui donnent l’impression que les femmes réagissent de cette manière quand elles se font larguer ; elles pleurent ou se suicident (comme le personnage tentera de faire un peu plus tard). C’est drôle d’ailleurs quand on pense que le personnage de Louis Garrel dans la Frontière de l’aube aura, lui, le courage de le faire. Le souci de réalisme du film, déjà, ne prend pas. Et puis il y a l’intrigue. Une étudiante couche avec son professeur de philosophie. Déjouons l’accusation de réaction : oui, les gens sont libres à l’université. Seulement, le spectateur aura du mal à se défaire de son impression : c’est un thème archi-rabattu (des siècles de littérature sont passés par là) et le cinéma d’aujourd’hui demande autre chose.

Derrière ce postulat, quel sujet pour l’Amant d’un jour ? C’est un film sur le désir, intellectuel pour l’homme, physique pour la femme. Des désirs bien délimités, tellement bien rangés que l’étudiante n’aura jamais de discussion philosophique avec son amant. Le choix même de la matière est révélateur : la philosophie c’est sexy, les mathématiques un peu moins. Ce que fait Garrel, c’est qu’il subordonne ses personnages féminins à une intention bien définie : le romanesque comme tentative de communication entre les hommes et les femmes (ce qui bloque, c’est évidemment la sensualité féminine). Mais le romanesque n’est pas qu’une vision du monde ! Que se passe-t-il quand des personnages ne peuvent plus exister ? Dans l’Amant d’un jour c’est très simple : les personnages féminins font l’amour, elles n’existent qu’à travers lui, elles sont donc en sursis alors que les autres sont libres d’aller et venir.

A un autre moment du film, le professeur reçoit de l’eau sur la tête venant d’une fenêtre d’immeuble. Ce qu’il dit est comique « Ah ces gens qui arrosent leurs plantes, ce sont tous des bourgeois ! » Là voilà peut-être l’explication : Philippe Garrel s’est embourgeoisé, sauf que lui n’arrose pas ses plantes mais sucre carrément les fraises. Certains diront « non mais tu es dur, c’est surtout l’auto-portrait déchirant d’un artiste qui tire sa révérence, qui embrasse sa malédiction de n’être jamais aimé. » Non, c’est l’autoportrait d’un poseur qui pense avant tout à sa stature de cinéaste romantique et qui se complaît joyeusement sous le soleil noir et blanc d’un scope sans rayons. Grand bien lui fasse. Le problème, c’est que ce cinéma ne s’inscrit pas dans le monde rêvé par les jeunes gens, ceux qui attendent de rentrer en communion d’idées avec les films. On pense alors avec tristesse aux images apocalyptiques, brûlantes et poétiques du Révélateur, quand l’ombre était le mystère de tous et pas uniquement des femmes.

Adieu alors Garrel ! Longue vie au jeune homme surdoué et révolté qui voulait changer l’amour et le monde ! D’autres, plus révoltés peut-être, tâcheront de réussir là où tu auras échoué !

Tanguy

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