Les fantômes d’Ismaël, d’Arnaud Desplechin (2017) – Critique (s’applique à tout son cinéma)

C’est consternant.

Pourtant, le film avait tout pour plaire : cette idée de tourner sans cesse autour de plusieurs fictions est caractéristique d’une pensée moderne. Mais au lieu de créer du clair-obscur, de donner vie au récit, de créer des personnages qui existent, le film se ratatine sur lui-même. Il y a en effet une grande confusion chez Desplechin ainsi qu’une pose d’artiste assis sur son trône. En plus, il y a une version longue et les gens jurent « Elle est encore meilleure, les vingt minutes changent tout », jurant si bien d’ailleurs qu’on serait prêt à tout leur acheter.

Il n’y a rien à dire des histoires car elles n’ont aucun intérêt. Parlons des problèmes : le premier d’entre eux, le plus important, c’est que Desplechin s’intéresse à des acteurs au faîte de leur carrière, leur creusant ainsi un giron confortable dans lequel ces derniers cabotinent à souhait. Les gestes s’enchaînent mécaniquement et la parole s’épuise, prise au piège dans des dialogues si insignifiants qu’ils en deviennent comiques. Amalric, par exemple, joue tellement mal qu’il semble n’en avoir plus rien à foutre. On se sent mal de le voir ainsi, singeant un Frédéric Moreau de pacotille et discuter art et relations entre les êtres. La teneur des dialogues est à peu près de cet acabit :

« Parlons de la Femme, voulez-vous ? Moi, je l’aime soumise surtout quand elle est parfaitement consciente d’être dominée et que cela ne la dérange pas, bien au contraire. – Ah vraiment ? Moi au contraire, je l’aime avec le sexe affiché sur la figure. » ou bien « Je suis fabricant de films, un ouvrier du cinéma mais le dimanche, j’ai quand même le temps pour un godet à la terrasse du 7ème ! »

Le cinéaste de Roubaix a peur de perdre le contrôle et filme en vase clos, fait de la mise en scène : c’est propret mais ça ne respire pas, c’est lettré mais ça manque de vie. Il faudrait expliquer à Arnaud Desplechin qu’on se fout éperdument de ses petits émois d’artiste. Quelle pudibonderie ! Quel sérieux ! Quel manque d’art ! Et on ne s’y trompera pas mais quels sont les films que tourne Ismaël ? Un film d’espionnage type L’affaire Cicéron et un film en costumes !

Il y a quelques temps déjà, reprenant fièrement les mots de Daney, il avait voulu tracer une ligne de démarcation entre son cinéma et les autres, jugés trop « engagés » : en substance, c’était « moi, c’est le monde, les autres la société ». Que est le sens de cette distinction selon lui ? Qu’un film ne puisse pas être la somme de son temps ? Que Fatima n’est pas assez moderne, pas assez artistique ?

C’est trop facile. Si le cinéma est un « oubli de la réalité », il revient vers elle par le détour de l’image, par l’imagination. Tout est une question de regard. Une chose est sûre, celui d’Arnaud Desplechin est déficient.

Tanguy

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