Alien Covenant, de Ridley Scott (2017) – Critique

250917.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Tout le monde le sait : Ridley Scott est un gros tâcheron, un bourrin qui surligne et bave avec joyeuseté. Pourtant, des moments de grâce surnagent dans ce cinéma de l’anti-finesse et c’est peut être pour cette raison qu’on y retourne à chaque nouvel opus.

« Ne change rien pour que tout soit différent » : voilà ce qui vient en tête à la sortie de ce nouvel Alien qui est, il faut l’avouer, une franche réussite. La déception des fans de la saga quant à une histoire trop « prévisible » ou trop « convenue » est compréhensible même si cette lecture bornée empêche de chercher l’originalité ailleurs. Il faut le dire tout de suite ; oui, Alien Covenant est un film original, bien plus que Prometheus. Ce dernier était plombé par sa dimension originelle et des prêchi-prêcha à deux balles ; dans le genre d’ailleurs, c’était un cas d’école : sous couvert d’une histoire nouvelle, le film se révélait sans aucune surprise et mettait en avant l’immobilisme du mythe Alien.

Qu’est-ce qui marche du coup dans Covenant ? Pourquoi reprendre les motifs de 1979 ? Il n’est pas question de faire de Ridley Scott un théoricien génial du cinéma (ce qu’il n’est certainement pas) mais de parler émotion et spectacle : en se concentrant sur les codes mythologiques (le survival, l’exploration spatiale, le vaisseau,…) jusqu’à les délester de tout enjolivement, de tout ajout nouveau, de sorte à ne garder que le substrat, Covenant retrouve en retour l’opéra, le souffle, le bruit et la fureur. L’affrontement entre Daniels et la créature sur le vaisseau en train de décoller est significatif et illustre l’élégance du geste de Scott ainsi que sa dimension opératique. C’est, en y repensant, l’une des plus belles scènes du film.

Scott a surtout compris une chose : le mythe est sans fin et ne peut pas mourir alors autant le triturer dans tous les sens (comme l’alien prêt à sortir du corps humain) pour en tirer quelque chose de neuf, quitte parfois à se moquer de sa vanité. Ainsi, la nouveauté ne jaillit pas d’un geste pur de l’artiste mais d’un mélange incertain, d’une expérimentation. Pour varier, il faut répéter. C’est aussi pour cette raison qu’on se fiche complètement de la fable sur la création puisque celle-ci est immédiatement contrebalancée par l’horreur jusqu’à faire corps avec elle : c’est là le propos de Ridley Scott (moi cinéaste, je suis aussi un monstre) ; propos littéral, qui serait foncièrement gênant s’il ne s’inscrivait pas dans une mise en scène de série B.

Ce qui frappe également, c’est l’omniprésence de la mort : les personnages de Katherine Waterston, de Billy Crudup et celui de Danny McBride connaissent tour à tour la mort violente d’un proche. Attristés le temps d’une scène, ils repartent immédiatement au « combat » ou sur scène (si on file la métaphore) puisque l’opéra n’est pas terminé. Faire fi de la vraisemblance permet de se rapprocher des personnages par une autre façon, par les sentiments dont ils font état et leur résistance face au danger de mort.

On ressort un peu lessivé par cette noirceur mais touché par les éclats de vie et l’amusement contagieux que prend Scott à maltraiter le mythe. Covenant est un film instable dans lequel rien ne s’installe, si ce n’est la grandiloquence des idées dans laquelle le spectateur peut aisément se lover quitte à penser contre. C’est là sa plus grande beauté.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s