Tunnel, de Kim Seong-hoon (2017) – Film de clôture des Hallucinations Collectives

Un homme se retrouve enseveli lorsqu’un tunnel s’effondre. Les médias et le gouvernement se regroupent pour suivre son sauvetage.

Première surprise lorsque l’on découvre Tunnel : le film est très drôle. À moitié une surprise, quand on sait que Kim Seong-hoon réalisa une comédie par son premier film, How the Lack of Love Affects Two Men, en 2006, puis une comédie policière avec Hard Day en 2014, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs la même année.

On suit donc Jeong-soo, de Kia Motors. Quelques minutes après le début du film, la catastrophe arrive – et l’homme se retrouve bloqué dans sa voiture. Trois défis se recoupent alors : pour lui, sortir de sa voiture ensevelie, pour les secours, parvenir à le retrouver, et pour le réalisateur, mettre en scène une histoire quand il n’y a qu’à peine la place pour un petit chien de se faufiler dans les décombres. Bien entendu, ce fait divers est un prétexte à taper un peu sur les médias, un peu sur une Ministre (ou une certaine ex-présidente sud-coréenne ?) et beaucoup sur la Corée du Sud. On pouvait craindre un McGyver ressuscité, mais non : Tunnel met en scène un monsieur tout-le-monde, quelqu’un de normal, donc comme vous et moi, quelqu’un qui ne cherche pas à survivre mais juste à passer le temps, à attendre les secours sagement dans sa voiture (quitte à s’ennuyer – beaucoup – et à tout faire pour fuir cet ennui). Ce n’est que lorsque la mort apparaît comme inévitable que Jeong-soo apparaît comme vulnérable : sinon, il est toujours ce citoyen lambda qui attend d’être sauvé. Sa survie est anti-spectaculaire, et se pose même, à un moment, une question cruciale : faut-il mettre en danger les sauveteurs pour un homme presque mort ?

Vers la fin, le film prend une tournure plus attendue, et finit par tout faire péter par un deus ex machina un peu facile – mais qu’importe, l’essentiel était de faire le portrait de l’homme normal, des institutions qui gigotent, des causes nationales perdues et d’un couple qui s’aime jusqu’à la mort, mais peut-être pas au-delà. La société coréenne en prend pour son grade, le petit chien est sauvé, on rit et on tremble – que demander de plus ?

Ah oui, si : « Allez tous vous faire foutre », faut-il répondre aux caméras. Une belle manière de fermer un festival de cinéma.

Piotr Sobkow

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