Le Marteau des Sorcières, d’Otakar Vávra (1970) – Hallucinations Collectives 2017

Le Marteau des Sorcières relate comment le vol d’une ostie dans une petite ville de Moravie va bousculer la vie des habitants et aboutir à un long procès de sorcières.

On connaît bien les techniques de l’Inquisition : une femme est accusée (à tort, bien sûr) de pactiser avec le Diable, et un tribunal la juge par les pratiques les plus injustes. Le film met un point d’honneur à illustrer l’arbitraire et l’obscurantisme qui domine ces procès, et où des boucs-émissaires sont envoyés au bûcher sans que leur défense ne puisse être entendue. Le juge est ici un arriviste cupide, se servant de la foi aveugle des croyants et connaît une élévation sociale foudroyante. S’oppose à lui un prêtre éclairé, citant les philosophes grecs et démontrant par la Raison l’injustice des procès. Le film enchaîne alors les séances de tortures et les scènes de procès, qui se suivent et se ressemblent – jusqu’à provoquer une grande lassitude.

Le film semble défendre la religion en s’attaquant aux tartuffes qui se servent de l’aveuglement des croyants pour les asservir. Pourtant, la figure éminemment politique et féministe des sorcières est évacuée : et puisqu’il n’y a pas de sorcières, que des femmes « ordinaires », c’est aux hommes que revient le pouvoir, et plus précisément au prêtre, que le Vávra a le mauvais goût de transformer en Nouvelle Jeanne d’Arc – présentant alors la religion comme une force liberatrice et héroïque, et non comme l’autre face d’une pièce dont le côté pile serait l’aveuglement des fidèles, et en particulier des femmes, dépeintes comme les plus crédules et hérétiques malgré leurs bonnes intentions. Les seuls personnages éclairés sont des hommes, et des prêtres qui plus est, chose assez étonnante pour un film réalisé sous le régime communiste. Et si le film débute sur un ton très romanesque, il s’enlise très vite dans une mise en scène et une narration trop classiques, répétant les scènes de procès sans réinvention. Le film se déroule sans heurts et sans surprise, et l’on ne s’amusera que des absurdités de l’Inquisition – le Diable, c’est l’homme, celui qui trompe son monde.

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