Realive, de Mateo Gil (2017) – Hallucinations Collectives 2017

Realive tient son scénario sur un bout de papier : quand Marc apprend qu’atteint d’un cancer, il ne lui reste plus qu’un an à vivre, il décide d’être cryogénisé, dans l’espoir que l’on sache le guérir dans le futur. Le film s’engouffre dans la voie des films de SF métaphysiques à la Nolan / Villeneuve, avec moins de panache encore que ses deux modèles. Mateo Gil choisit de jouer sans arrêt sur deux tableaux, passant des flash-backs au présent dans un jeu d’aller-retour permanent et assez vain.

Le film étant absolument exempt de toute idée de mise en scène, on espère au moins que le scénario finira par décoller – c’est peine perdue, puisque l’on n’a droit qu’aux éternels « gamins dans les champs de blés / copine qui se roule dans le sable / homme confronté à la solitude dans son bel appartement de hipster », à une lumière fade et filtrée, le tout sur fond de glose sur le sens de la vie – avec encore moins de pincettes que partout où l’on a pu le voir ces dernières années. L’interprétation de Tom Hughes est insipide, et Charlotte le Bon est inexistante, engoncée dans un rôle purement fonctionnel de mère / amante. Tous les motifs du genre sont repris de façon grotesque et caricaturale – et il faut voir comment le personnage principal prend le soin de doubler à l’oral ce que la caméra vient de nous montrer.

Tous le propos du film peine à convaincre, par ailleurs, car on ne conçoit la cryogénisation que comme un long sommeil – alors qu’il faut bien être mort. C’est pourquoi lorsqu’un flash-back nous dévoile, au milieu du film, le suicide de Marc avant d’être congelé, il ne nous apparaît même pas comme un suicide, puisque l’on ne considère pas qu’il meurt. Fonder son discours là-dessus ne fait qu’ajouter à la longue liste des vanités que déroule le film, en prenant toujours très au sérieux ce jeune homme embourgeoisé, et en ne questionnant jamais la mégalomanie de son désir d’immortalité – comme si ce dont il fallait traiter, c’était des dérives, de l’anticipation : syndrome Black Mirror.

Finalement, les seules petites surprises du film seront son intro et son dénouement : une scène d’accouchement en gros plan, et une fin qui arrive presque à relancer l’interêt du spectateur – scène qui aurait pu avoir lieu au bout de 30 minutes de séance, le film aurait alors pu aller sur d’autres chemins que le sentier bien balisé par ses aînés. Quand on pense que les films de genre parviendraient peut-être à revitaliser le cinéma, on pense à Grave, mais pas à ce genre de films-là.

Piotr Sobkow

 

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