Star Wars, l’espoir jeune

Star Wars mérite enfin d’être appelé une saga. La trilogie originelle avait été diffusée, à l’époque, dans les pays soviétiques. C’est dire à quel point les sorties des films ont toujours été des phénomènes mondiaux. La seconde trilogie, pourtant, s’était perdue. L’enfant que j’étais alors ne pouvait pas éprouver d’empathie pour le jeune Anakin qui allait, c’était déjà connu, sombrer dans le Mal. J’avais alors regardé 2001 : L’Odyssée de l’espace, en pensant retrouver des duels au sabre laser – grand bien m’en a pris. Alors, qu’est-ce que ce nouvel épisode réussi ? A donner son sens à une saga – que certains appellent mythe, et on peut enfin leur donner raison.

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Ce nouvel épisode aurait pu s’appeler « Place aux jeunes », avec toute l’ambiguïté du titre français  de « Make way for tomorrow », de Leo McCarey. Les figures légendaires que sont celles de la Princesse Leia et d’Han Solo apparaissent décrépies dans un monde en ruines – les ruines de l’ancienne guerre, alors que la nouvelle est déjà là – en témoignent les planètes dépeuplées, la tenue usée de Kylo Ren et le personnage de Rey, pilleuse d’épaves. Abrams opère ainsi une passation de flambeau, une transmission prométhéenne fondamentale mais inédite : ces jeunes, sur qui se concentre le film, sont ainsi non pas des anarchistes renversant l’ordre établi par leurs parents mais bien au contraire, les victimes impuissantes d’un destin qui rejoue sur leurs épaules le drame des générations passées. La malédiction se transmet : la mort du personnage incarné par Max Von Sydow, qui demeure pour nous le Chevalier contre la Mort, et celle d’Han Solo, père de substitution pour tout gamin paumé – Luke en tête – sonne comme le rouage d’une tragédie grecque, connue mais cathartique à l’infini. Les filiations maudites sont évidentes ; aucune surprise lorsque Kylo Ren prie son grand-père de le garder de la Lumière : ce grand-père, c’est évidemment Dark Vador, qui ressurgit ici sous la forme du casque légendaire devenu masque grotesque, funéraire et funèbre. Ce même Kylo qui porte, en vérité, le nom de Ben – en référence à Obi-Wan, tué par son propre disciple – or Kylo est celui qui mit à mal le projet de son Maître, Luke. Rey, enfin, qui parvient à pénétrer l’esprit de son tortionnaire, lui dit : « You’re afraid… You’ll never be as strong as Darth Vader ». La boucle est bouclée : les jeunes veulent être à la hauteur de leurs ancêtres, dans le courage comme dans l’horreur et la violence. Et si le jeune Kylo souffre de ne pas être la figure terrifiante qu’était son aïeul, il dévoile son visage à plusieurs reprises, en même temps qu’il laisse alors apparaître sa fragilité. Et lorsqu’il traverse un pont suspendu au dessus du vide, rejoint par son père, le drame est joué d’avance, le spectateur connaît l’issue tragique, qui se dessine en échos nuancés. Ce jeu incessant de variations entre les générations, désespérant et vertigineux, trouve pourtant une échappatoire dans le personnage de Finn – anciennement appelé FN en raison de son matricule, malheureuse coïncidence qui n’échappe pas aux spectateurs. Ce jeune homme, qui, on l’apprend plus tard, a été conçu et éduqué dans le seul but de tuer se verra tiré de sa torpeur programmée lorsqu’un de ses compagnons tombe au combat et pose sa main ensanglantée sur son casque – à l’inverse de Kylo Ren, qu’une ultime caresse de son père ne suffira pas à faire revenir vers la lumière.

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C’est ainsi qu’un des plus beaux plans du film peut passer tout à fait inaperçu. Prêt pour l’assaut final, Finn court rejoindre son vaisseau. Il est filmé de dos, et ce plan ne montre alors qu’un jeune qui court vers l’espoir – rien, dans le plan, ne dit « science-fiction », mais tout dit que ce jeune qui court, c’est n’importe qui, ou peut-être Antoine Doinel, ou nous-même.

Une autre course nous importe : celle de Finn qui fuit en prenant Rey par la main, et celle-ci qui lui répond qu’elle peut courir toute seule. Et d’ailleurs, elle se bat, elle pilote, elle mène sa vie. Une actrice, héroïne d’un Star Wars, qui se partage l’écran avec un acteur noir. C’est assez pour nourrir un nouvel espoir.

Pour une nouvelle génération, le film est un tissu de références inter-textuelles : plus haut étaient évoquées les filiations dangereuses, mais il y en a bien d’autres, à la mythologie traditionnelle ou disons antique, à Carpenter (par la scène où des monstres lovecraftiens dévalent les couloirs d’un cargo), aux westerns, aux films de pirates… Le fond imaginaire d’Abrams est convoqué tout entier dans un univers qui n’en avait pourtant pas besoin – et paradoxalement, qui avait besoin plus que tout qu’un jeune esprit s’y pose. Les fanboys ne seront pas déçus : certains plans semblent tout à fait copiés de la trilogie originale, prouvant qu’Abrams a bien appris sa leçon. On ne saura probablement jamais quelle a été sa part de liberté dans le projet, mais on peut déjà se désoler que ne lui soit pas confiée la réalisation des deux volumes suivants – on sait déjà de quoi est capable Trevorrow lorsqu’il s’attaque à une licence juteuse.

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Se pose alors la question majeure : quelle est la légitimité d’un film à répéter une même histoire ? Abrams y répond tout simplement ; nous avons besoin d’entendre toujours le même conte. Ce nouveau Star Wars nous rassure et parvient même enfin à justifier que l’on puisse en parler comme d’un mythe. Indubitablement, cette histoire vieille de quarante ans vaut le coup d’être écoutée sans relâche. L’évènement créé, odieusement mercantile, devient alors la réponse à une crainte millénaire, celle de ne pas trouver sa place dans le monde. Et quand Han Solo dit, face caméra, que « Tout est vrai », on le croit.

Oublions les critiques qui , se croyant formalistes, moquent le classicisme de ce nouvel épisode. On dit que si les Star Wars commencent toujours par « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine », c’est qu’à cause du temps que la lumière met à voyager, si l’on regardait au fond de l’univers, ou pourrait y voir ce qu’il s’est passé à l’aube des temps. L’écran de cinéma comme fenêtre ou comme télescope – c’est la même chose, et de nouveau, on veut y croire.

Piotr Sobkow

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2 réflexions sur “Star Wars, l’espoir jeune

  1. Moi, j’ai un problème avec ce Star Wars. Je ne vais pas tant essayer de te clasher que de m’exprimer.

    Pour tout dire, je ne suis pas un fan invétéré des six premiers films, même si j’aime bien. Ils ne m’ont pas déplu lorsque je les ai vus, et ayant vu la seconde trilogie en premier, je ne la trouve pas si mauvaise que ça. J’ai vu la première sur le tard, et ils me sont apparus un petit peu datés. Bref.

    En ce qui concerne ce Reveil de la Force, je m’interroge sur mon propre ressenti. Dans la salle, je n’ai pas été « emporté », dans le sens où je savais que j’étais devant le film, avec tout le marketing qu’il comprend. J’ai été réceptif à plusieurs des clins d’oeil dit de fanservice, en rigolant bien. J’ai même rigolé comme une baleine devant le-moment-où-on-doit-pas-rigoler. Et en sortant de la salle, j’étais content.
    Mais je n’arrive pas à dire pourquoi. Si ce n’est BZZZHZHZHZHZH.

    Tout ce que j’arrive à trouver à Star Wars, ce sont des défauts. Enfin, pas tant des défauts du film lui-même, parce qu’il fait très bien ce qu’on lui demande. A tout reproche cinématographique qu’on pourrait lui faire, on répondrait « ouais, mais c’est un Star Wars ». Je ne trouve pas la mise en scène d’Abrams particulièrement brillante, et je me demande même pourquoi il se sentait obligé de mettre sa patte – par exemple les zooms violents sur le Falcon Millenium type actualité – où ce n’était ni nécessaire, ni intéressant. Le jeu d’acteurs n’est pas remarquable, la musique encore moins. Par remarquable, j’entends qui se distingue du reste. Mais ce n’est pas grave. Parce que c’est un Star Wars.

    Y’a des effets spéciaux, ça explose un peu, ça se bagarre, ça se course-poursuite, parce que c’est un Star Wars.

    Et bien, j’en ai marre, de tout excuser au film parce que c’est un Star Wars. J’aimerai le prendre en tant que film.

    Le parce que c’est un Star Wars me ramène à ce que je critique le plus au film, à savoir sa raison d’être. Je me demande effectivement qu’est-ce que « Star Wars » implique et ce que le spectateur doit en attendre, ou se croit obligé d’en attendre. Et ce qu’il faudrait lui donner ou pas. Si tout ce qu’on trouve à ce film, c’est qu’il fait plaisir, comment pourrait-on ensuite ne pas aimer des films d’entertainment -au hasard, Transformers- parce que quand même, il fait plaisir. C’est là son but. Alors qu’on aurait voulu de Transformers un peu plus, autre chose, quelque chose d’intéressant peut-être. Mais non. Comment en vouloir à un film de ne pas nous donner ce qu’on veut, ou pire, de nous donner ce qu’on veut, si ses intentions propres sont autres ? Parce qu’après tout, Transformers n’a jamais voulu être intéressant. Ce serait le placer dans la mauvaise catégorie de films. Ou en tout cas on n’a rien trouvé d’intéressant à en dire. Et bien je me demande pourquoi Star Wars est l’exception.

    Sur ton article, tu parles essentiellement de la passation de flammèche aux jeunes. Très bien, c’est vrai, c’est totalement vrai, tu as vu juste. Mais sur ce point, de nombreuses sagas ont tenté le coup. Me viennent en tête Die Hard 5, Les Ripoux 3, deux films que je n’ai pas vu. Sur l’exaltation du pouvoir de la jeunesse, on pourrait citer presque tout les films classés teenage du monde, à commencer par Twilight, Harry Potter, Hunger Games, etc. Du coup, je veux dire que, le pauvre Abrams peut bien faire tout ce qu’il veut, c’est un peu vu vu et rerevu, surtout en ce moment. Et en plus, on ne peut pas nier le principe commercial qui se trouve derrière.

    La seule chose dont on parle à propos de la saga Star Wars, c’est du mythe. A la base, c’est effectivement une synthèse et une relecture des mythes de toutes origines, avec toutes ses symboliques, ses forces, etc. En lien avec les théories de Campbell aussi. Un des reproches faites à ce septieme opus, c’est d’avoir fait trop comme le 4eme, ou le premier, c’est comme vous voulez, celui de 77. Alors là, mille fois oui, fanservice oblige. Mais quel interet ? Pourquoi ne pas simplement revoir Un nouvel espoir ? Le seul interet est là aussi commercial, ne le nions pas. (Après de là à dire que ce qui est commercial est forcément mauvais, il n’y a qu’un pas, que je ne franchirai pas). Ce qui me dérange plus, c’est que quand Un nouvel espoir proposait une relecture des mythes, Le Reveil de la Force ne propose une relecture que de Star Wars, nous enfermant ainsi dans un vase clos. Si la seconde trilogie est considéré comme mauvaise, elle avait au moins des propositions nouvelles. Le film de Abrams est une immense métaphore de la redécouverte de Star Wars. C’est bien ça, la recherche de Luke, que les fans attendent. Je pensais à un film qui m’emmenerait dans les étoiles, je n’ai eu droit qu’à un film recroquevillé sur lui-même.

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