Aardmod, l’interview

Aardmod est un duo rennais qui vient de sortir son premier EP. Comme je connais Fabien Joffard, l’un des deux membres, j’ai eu envie de leur poser quelques questions, envoyées par internet. Voilà ce qu’ils m’ont répondu :

Piotr : Bonjour Aardmod !

Aardmod : Bonjour Piotr.

Piotr : Pas trop crevés par la sortie de votre album ?

Aardmod : Ça va. Ça nous aura valu une bonne dette de sommeil mais maintenant que les cours ont repris on peut enfin récupérer, héhé ! 

Piotr : AHAH LOL. 

Aardmod : PIOTDR.

Piotr : Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?

Aardmod : On s’est rencontrés via des amis communs. On avait chacun notre projet solo, dans lequel on bidouillait un max mais qui manquait d’authenticité. Après pas mal de partages d’écoutes et de discussions, on s’est dit qu’il fallait essayer quelque chose.

Piotr : Super les gars. Vous nous expliquez un peu votre nom, Aardmod ?

Ça a été aussi difficile à trouver qu’à comprendre, phonétiquement ça peut renvoyer à « Hard Mode » qui, dans l’univers du jeu vidéo, correspond à une notion de challenge pour le joueur, de progression et de satisfaction, ce que l’on a aussi éprouvé lors de la création de cet EP à force d’essayer et de ré-essayer. On espère aussi qu’avec un nom commençant par deux « A » on sera en tête de toutes les playlists haha ! Car on est toujours attachés aux bonnes vieilles bibliothèques multimédia. Il nous fallait évidemment un nom concis et catchy disponible sur le dieu internet. En ce qui concerne le logo c’est un « Propellerhead », tu sais, ces chapeaux à hélice, symbole des nerds. C’est aussi un clin d’oeil à « Propellerheads » cette fois-ci, le duo anglais de Big Beat des 90’s.  

Propeller

Et le visuel de la pochette, c’est quoi ? Je ne sais pas pourquoi, mais elle me fait penser à celle de Parklife, de Blur.

Oui c’est vrai ! C’est une vieille photo que Val a prise pendant un match de baseball entre Rennes et Angers, on trouve l’instant assez cool et ça peut raconter différents trucs. Parmi certains retours, on a entendu « se renvoyer la balle », c’est à peu près ça… Ça parle aussi du jeu, de la dualité de l’impact etc. Il y a une autre photo qui lui fait écho de manière un peu rigolote qu’on utilisera certainement pour un prochain visuel.

Baseball

Excellent. Quand on écoute votre EP, on pense à Prodigy, à Freestylers, ou encore aux Chemical Brothers with a twist, ça vous plaît ?

Oui à fond ! Ce sont des références hyper importantes. Par exemple «Newstylers», qui a lancé le projet, est directement issu de «Freestyle Noize» des Freestylers. «Moodluck» vient d’une écoute enthousiaste du dernier single de Prodigy, «Wild Frontier».

Vous pensez quoi de l’état de la musique (pas uniquement l’électronique) ?

Bien que ce ne soit pas tout rose, on s’y retrouve toujours grâce au catalogue illimité d’internet. C’est le principal. Ce qui est bien sur le Web, c’est qu’à quelques détails près tout le monde dispose des mêmes moyens de communication, on est moins à l’abri que jamais d’une bonne surprise.

Vous êtes partis de quoi pour cet EP ? Vous aviez une intention particulière à réaliser ?

C’est « Newstylers » qui a défini la ligne directrice de l’EP. On s’est lancé comme challenge de créer un morceau de Big Beat pour s’amuser et on a adoré ! La richesse des parties de batterie que propose ce style, exploitée avec le plug-in « Addictive Drums », a créé l’identité de nos textures rythmiques. On ne voulait pas se cantonner aux sonorités classiques de type TR 909/808 etc., même si on les aime beaucoup. Pouvoir travailler avec de vrais sons de batterie a aussi été une chose importante, c’est un instrument qui nous a toujours fascinés, de notre premier CD gravé de System of A Down aux dernières performances de Snarky Puppy sur Youtube (on a même failli s’appeler Aardrum en référence au air drum, qu’on pratique toujours autant sur nos fauteuils à roulettes, sans honte…). Du coup, à partir de ce vrai plaisir de faire des grosses parties de batterie, il y a eu celui de trouver et enregistrer des lignes de basse efficaces, afin de nous rapprocher de ce fameux style « Big Beat ». 

Comment vous vous êtes réparti les tâches ? Comment vous composez ?

Ça nous a pris du temps pour trouver un système d’entente efficace (plusieurs mois), et la méthode a été un peu différente pour chaque morceau, mais grosso modo, il faut d’abord trouver une idée plus ou moins risquée (dans le sens où elle peut complètement tomber à l’eau et nous obliger à re-chercher). Ça peut être un branchement entre plusieurs machines, un riff de guitare à 4 mains, ou l’envie d’aller piocher dans nos écoutes préférées et tenter de s’en approprier certains codes…. Ce qui implique de ne pas avoir peur du temps ! On se creuse les méninges à 2 pour cette partie, on discute beaucoup. En fait cette étape est la plus précieuse, parce qu’une fois qu’on a trouvé, ça nous gonfle à bloc pour développer. On peut dire que comme dans pas mal de duos électroniques, il y a un producteur et un compositeur. C’est plutôt Valentin qui va valider un lead de synthé ou une ligne de basse de Fabien, ou lui trouver ce qui manque. Mais l’inverse arrive aussi, évidemment. Par contre le mixage et le mastering, à quelques exceptions près, c’est Valentin. En fait, on réquisitionne à 90% son appartement (parce que c’est là qu’il y a le plus de matos haha), et à part quelques trucs, tout a été fait chez lui.  

Et un morceau d’Aardmod ça se fait en combien de temps ? 

Le travail peut être sporadique et étendu dans le temps, comme pour « Superstart », qui est le résultat d’un vieux matériau fait sur une semaine puis laissé de côté, repris quelques mois plus tard, réarrangé et redéveloppé en plusieurs semaines (c’est pour ça, sûrement qu’il est si « chargé »). Mais il peut aussi être intense et très rapide, comme pour « Moodluck » fait en 2 jours, avec comme point de départ l’envie d’essayer un truc un peu Drum&Bass qui sonne comme « Wild Frontier » de Prodigy, qu’on a beaucoup écouté ensemble à la sortie du dernier album. Il n’y a pas vraiment de méthode fixe, plutôt un travail pointu qui nous pousse à rendre les fondations sonores (presets de batterie, effets, lignes de basse, textures de synthés…) optimales pour se garantir une motivation jamais éteinte lors de la période de composition. On travaille beaucoup en discutant en amont. Quand on commence à plus trop parler c’est qu’il se passe quelque chose… On a toujours commencé et fini les morceaux à deux, entre temps le fait de se retrouver seul permet aussi d’aller au bout de certaines idées, et d’essayer tout ce que l’on veut sans avoir à subir un regard avec des sourcils de 18 mètres de haut.

Au-delà de l’énergie hyper forte des morceaux, on ressent toujours une sorte de nostalgie qui se diffuse parfois jusqu’à faire penser à Boards of Canada ou d’autres artistes du genre (je pense particulièrement à « Reflex/Reflect » qui ferme l’EP). Vous en pensez quoi ?

On n’a pas encore vraiment écouté Boards of Canada. Ce qui est drôle avec « Reflex/Reflect » c’est que la deuxième partie du morceau (Reflect) était déjà terminée avant de concevoir l’EP, c’était l’un de nos tout premiers essais, à l’époque on écoutait beaucoup Moderat, qui c’est vrai est un peu l’emblème de l’IDM tristounet moderne ! La première partie (Reflex) a été produite en dernier, juste avant la sortie des morceaux sur le net. Il y a eu presque 6 versions complètement différentes de cette partie durant toute la création de l’EP.  

On sent bien l’héritage de la musique de jeux vidéo, notamment les musiques 8-bit. C’est assez trivial, et en même temps on vous sent très exigeants par rapport à votre recherche et à vos envies. Comment vous alliez cet héritage populaire avec votre exigence ?

Nos potes ont pas mal associé « Moodluck » à des vieux jeux, genre la version Sega de Sonic the Hedgehog, on trouve ça vraiment cool, mais bizarrement ce n’était pas du tout l’intention. Pour « Newstylers », c’est vrai que le Big Beat a beaucoup été exploité dans les jeux vidéos de bagnoles et les scènes « cheesy » de films d’action, mais ce n’est pas non plus ça qui nous a inspiré désolé, héhé ! 

C’était mieux avant ?

C’est toujours mieux avant ! Du coup en se projetant un peu on est hyper contents d’être maintenant ! Non, sans rire, on n’y pense pas vraiment en fait… C’est sûrement un sentiment nostalgique un peu inévitable par moments.   

Alors que vous êtes étudiants, comment vous voyez l’industrie de la musique ? Vous jouissez encore de votre marginalité. Comment vous avez pu produire votre album en toute indépendance, et de quelle façon vous envisagez votre place dans ce système ?

On a grandi sous des montagnes de CDs gravés, aujourd’hui la musique n’a plus obligatoirement une valeur monétaire, par contre c’est devenu un média indispensable dans le business de l’audio-visuel. Pour l’instant tout ce que l’on veut c’est diffuser un maximum notre travail, et internet nous offre tous les outils pour cela. C’est très important que notre musique puisse être accessible et téléchargeable gratuitement, tant qu’on en garde les droits. Si les gens l’écoutent et l’apprécient alors c’est top. On serait hyper contents de trouver un jour notre EP sur un site de Torrents, ça serait bon signe non ?  

Vous avez utilisé quels instruments ou logiciels pour l’EP ?

On a tout enregistré sur Ableton. Comme machines on a utilisé un SH-101, Un Nanozwerg, un Virus, une Xbase 09, un Volca Beat et même un Speak & Spell. Il y a aussi de la basse et de la guitare, ainsi que le plug-in Addictive Drums. On a tout masterisé avec Izotope.    

Vous avez des projets pour l’avenir ? Un autre EP, des dates, un album ?

On prépare en ce moment un set live toujours basé sur Ableton, avec des versions adaptées des morceaux de l’EP et un système top secret de remixes instantanés… On verra en fonction des retours si on sort des versions « live » des morceaux mais c’est très probable. Pour l’instant on ne se sent pas rattachés à un style musical, et on a envie d’explorer de nouvelles choses. On a vu un bon set d’Acid Techno récemment à Rennes qui nous a donné pas mal d’idées. 

Merci Aardmod !

L’EP Superstart d’Aardmod peut être écouté / téléchargé gratuitement / acheté à prix libre sur leur page Bandcamp

Vous pouvez les suivre sur leur page Facebook

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